François Hollande : la Force Pépère
Paru sur l’Express.fr le 30 mai 2012
http://www.lexpress.fr/actualite/francois-hollande-la-force-pepere_1120689.html
Tout ça… pour ça ? Elu depuis moins d’un mois, le Président de la République n’a donc pas réussi à intéresser plus de monde que Laurence Ferrari lors de ce qui était pourtant sa première intervention télévisée depuis son élection, avec à peine 6 millions de téléspectateurs. Le changement, c’est maintenant : pour sa première intervention télévisée en 2007, Nicolas Sarkozy, lui, avait réuni près de 12 millions de téléspectateurs devant leur écran.
Voilà qui ne surprendra pas ceux qui estiment que François Hollande a moins gagné l’élection présidentielle qu’il n’est sorti vainqueur du référendum du 6 mai. Tout ça pour ça, donc : malgré la présence du nouveau Président de la République sur le plateau de son journal télévisé, France 2 n’a réalisé qu’une audience… normale.
Jusque là, en effet, tout est normal : comme notre Président. Normal, c’est-à-dire « habituel », « dans la norme », exactement ce dont la France a besoin dans sa situation actuelle – tout fait normale elle aussi. Normal, notre Président, qui se déplace lui-même sur le plateau de David Pujadas, et qui attend son tour pendant tout le déroulement du journal, penaud, comme n’importe quel comédien ou rappeur l’aurait fait à sa place.
Sur la situation en Syrie ? Peut-être que nous parviendrons à convaincre les autres membres du conseil de sécurité qu’une intervention est nécessaire. Sinon, tant pis ? Sur le SMIC, impossible pour lui de parler d’augmentation « significative ». On promet de faire le maximum, mais si ce n’est pas le « coup de main », on s’en tiendra au « coup de pouce ». Quant aux promesses de campagne, elles seront toutes tenues. Au cours des 5 ans à venir.
Le problème, finalement, c’est le réel. Après avoir fait campagne avec l’histoire dans le rétroviseur, copiant sans retenue François Mitterrand, reprenant ses expressions, comme les « puissances de l’argent », dans sa lettre aux français, démarrant comme lui sa campagne à Clichy-la-Garenne, et la bouclant comme lui à Toulouse, François Hollande se dit aujourd’hui « dans l’action ». En fait, le voilà simplement revenu au présent, au réel.
Les choses sérieuses commencent, et mieux vaut ne pas comparer plus longtemps François Hollande et François Mitterrand. Ce dernier, 8 fois député, et surtout 11 fois ministre sous la 4ème République, était évidemment mieux préparé à prendre en mains le destin de la France que ne l’est François Hollande.
Les français le savent : sur la crise, sur l’Euro, sur la Grèce et l’Espagne, comme sur les Eurobonds, les choses vont vite se tendre avec Angela Merkel, dont François Hollande aurait dénoncé "l’égoïsme" au cours d’un conseil des ministres.
Sur la possibilité d’une intervention en Syrie, dont il affirme vouloir discuter avec la Chine, et, dès ce vendredi à Paris, avec Vladimir Poutine, les choses ont également toutes les chances de se tendre. Bien que, lorsque l’on évoque Vladimir Poutine, le mot "tendre" soit plutôt malvenu.
Sur toutes ces questions, les français seront bientôt en mesure de juger par eux-mêmes si le nouveau Président de la République est vraiment dans l’action, et pas dans la fiction, et si cette action se révèle au final réellement efficace, ou aussi vaine que celles d’une pleine brigade d’observateurs de l’ONU.
Ceux qui ont voté en 2012 contre le bilan de Nicolas Sarkozy voteront-ils en 2017 contre le dépôt de bilan de François Hollande ? Il est trop tôt pour le savoir, et les spéculations ne mènent à rien.
En revanche, ce qui est bien réel, c’est que François Hollande a deux problèmes : le premier, c’est qu’il n’a pas 5% de l’argent dont il a besoin pour mener sa politique. Et le deuxième… j’ai déjà oublié ce que c’était.
Eric Zemmour contre l’Etat exemplaire
« Il a dit la vérité, il doit être exécuté », dit la chanson. Et en France, c’est bien connu, tout finit par des chansons.
Alors que la bonne presse reprend d’une même voix les critiques de nos associations antiracistes contre sa dernière chronique évoquant Christiane Taubira, on apprend qu’Eric Zemmour ne sera plus à l’antenne de RTL, le matin, en septembre : laissez passer les bien-pensants !
Le MRAP s’est dit « scandalisé » par une chronique « haineuse, raciste, et mysogine ». SOS Racisme a évoqué un « machisme grossier », et « l’expression radiophonique d’une haine quotidienne ». Que nos bonnes âmes à l’indignation sélective se rassurent : Eric Zemmour vient de se voir offrir le droit au cri silencieux.
Quant à ses auditeurs assidus, dont je suis, pour qui la chronique d’Eric Zemmour représentait une indispensable bouffée d’air frais, ils devront se rabattre sur autre chose… gageons qu’ils ne tarderont pas à manquer d’oxygène.
Sans surprise, on apprend que cette décision aurait été prise il y a plusieurs semaines. Bien sûr, la victoire de François Hollande était alors, déjà, à peu près certaine. Mais nous serions bien malvenus d’y voir un lien de cause à effet : circulez, il n’y a rien à voir.
La campagne présidentielle qui vient de s’achever par la défait de Nicolas Sarkozy plus que par la victoire de François Hollande nous en a donné maintes fois la preuve : la presse française, et la plupart des journalistes, sont majoritairement à gauche.
Pour autant, cette campagne a été exemplaire à plus d’un titre, car elle a été, aussi, une campagne de la presse. Au soir du second tour, Nicolas Demorand, Directeur de la Publication de Libération, était à la Bastille, dans la tente VIP.
Beaucoup de journalistes ont fait campagne, d’ailleurs nous attendons le prochain article de l’immense Edwy Plenel sur son blog payant Mediapartisocialiste pour savoir si l’éviction d’Eric Zemmour a quelque chose à voir avec la Lybie.
D’ici là, laissons du temps aux journalistes : beaucoup d’entre eux attendent le soir du 17 juin pour savoir avec qui ils sont d’accord.
Il en va aujourd’hui de certains journaux comme de certains médicaments, sur lesquels on aimerait voir cette mention préventive : « ne pas avaler ».
Electron libre, homme libre, Eric Zemmour dérange : il est en effet plus facile de le faire taire que de le contredire, plus facile de l’insulter que de débattre avec lui. Et on l’a rarement vu pris en défaut par les thuriféraires de la pensée unique, qui écrivent tant de pages et si peu de choses.
Mais si on lui reproche son cynisme, il dérange surtout par l’implacable justesse de ses affirmations : comme l’Alceste de Molière, Eric Zemmour s’obstine à nous montrer qu’il faut dire les choses telles qu’on les voit. Et dans la bienséance ambiante, sa vision faussée voit simplement les choses comme elles sont… plutôt que comme on voudrait qu’elles fussent.
Cette mauvaise nouvelle de la fin annoncée de sa chronique matinale démontre une fois de plus qu’il y a deux choses que nos médias de gauche ne supportent pas : l’intolérance, et ceux qui ne pensent pas comme eux.
Dans l’Etat exemplaire de François Hollande, où le son remplace peu à peu la lumière, on ne peut penser à Eric Zemmour sans avoir envie de lui dire les mots de Churchill : « Ce n’est que quand il fait nuit que les étoiles brillent ».
http://www.ndf.fr/poing-de-vue/27-05-2012/eric-zemmour-contre-letat-exemplaire
Manuel Valls, l’ennemi de l’intérieur
François Hollande vient de regagner la France en train, après avoir prouvé à tout le monde que, malgré la présence à Bruxelles de son Président de la République, la France était loin d’être au sommet.
Manuel Valls, lui, est bien en France, à l’intérieur, et nous pouvons nous réjouir de le savoir « Ministre de l’Intérieur », car en vertu des nouvelles normes en vigueur, il aurait aussi bien pu être nommé « Ministre de l’Intérieur et de tout ce qui s’y trouve ».
De fait, Manuel Valls est en charge de la sécurité des français, et reconnaissons-le, c’est sans doute la moins discutable des nominations de ce gouvernement, car Manuel Valls a de nombreux atouts, à commencer par son réalisme de gauche, assumé, revendiqué. Ce réalisme qui plait tant aux médias, et qui permet à un homme de gauche de soigner son image à droite.
Mais Manuel Valls est-il vraiment un homme de gauche ? La question se pose jusque dans son propre camp, où il est loin de faire l’unanimité : lors des primaires socialistes, il n’était parvenu à réunir que 6% des suffrages, juste après Ségolène Royal et ses 7%, loin d’Arnaud Montebourg et de ses 17%.
Et en 2007, dans le cadre de la politique d’ouverture chère à Nicolas Sarkozy, et qui en effet lui coûta si cher, Manuel Valls fût même invité à rejoindre le gouvernement : une main tendue qu’il refusa.
Blairiste convaincu, c’est lui qui, en 2008, disait vouloir « déverrouiller les 35 heures ». Lui, enfin, qui affirmait vouloir « concilier la gauche avec la pensée libérale ».
Alors, Manuel Valls : toujours à gauche ? Pas si sûr.
Si, avec Hollande, on a du flou, du flan, et Duflot, Manuel Valls, lui, préfère « les blancs, les white, les blancos », en particulier quand des caméras l’accompagnent sur les marchés d’Evry, la ville dont il est le maire depuis plus de 10 ans.
Pour Manuel Valls, toute la difficulté est donc là : elle consiste à trouver le ton juste auprès de médias qui, depuis 20 ans, ont pris l’habitude de défendre ceux qui mettent le feu et de persécuter ceux qui appellent les pompiers.
Quant à son dilemme, lui, il est cornélien : comment donner l’image d’un gant de fer, sans devenir une main de velours ?
http://www.oppositionrepublicaine.com/manuel-valls-lennemi-de-linterieur/#.T8q7NNU9VLc
La nation est une idée difficile
Alerte enlèvement : « on est toujours sans nouvelles de la crédibilité du nouveau gouvernement ».
Pourtant, on ne parle que de lui ! Pas de son action, car c’est un gouvernement qui ne fait rien, mais des condamnations de certains ministres, des liaisons de certains autres avec des journalistes, ou de ce qui, les uns et les autres, les rassemble le mieux : l’amateurisme.
Et c’est fou le temps que passent les français à parler d’un gouvernement dont ils vont pourtant se débarrasser dans deux semaines. Deux semaines ? Pas sûr…
En effet, alors que la plupart des sondages ne donnent la gauche en avance que d’une courte tête pour le premier tour des législatives, la principale menace qui pèse sur la droite se trouve… à sa droite.
C’est un classique du genre, un « marronnier » des législatives : une fois de plus, le meilleur allié de la gauche ne sera pas à gauche, mais à droite, sous un faux nez cette fois puisqu’il ne s’appellera pas le « Front National », mais le « Rassemblement Bleu Marine ».
N’ayant rien fait pour faire battre François Hollande le 6 mai, Marine le Pen en a eu à ce point le rouge au front qu’un changement de nom s’imposait. Plus de front, donc. Quant à l’idée de Nation, c’est une idée bien difficile… En vérité, Marine le Pen n’a rien à offrir à la nation, à part la gauche.
Le Front National dresse une « liste noire » des candidats UMP à battre, visant notamment François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet, et Claude Guéant ? Pourtant, des électeurs de droite s’apprêtent à voter pour des candidats du Front National…
Marine le Pen a ouvert la porte de l’Elysée à François Hollande, en préférant laisser gagner la gauche plutôt que d’appeler à voter à droite ? Pourtant, des électeurs de droite s’apprêtent à voter pour des candidats du Front National…
La plupart des électeurs de droite sont consternés par l’absence totale d’expérience d’une majorité des membres du gouvernement ? Pourtant, des électeurs de droite s’apprêtent à voter pour des candidats du Front National… qui ont le plus souvent moins d’expérience encore.
En vérité, toute triangulaire avec un candidat UMP et un candidat Front National est, on le sait, un siège perdu pour la droite, et offert à la gauche.
Quand on défend des valeurs de droite, où se trouve le véritable adversaire ? A droite, ou à gauche ?
Une nouvelle fois, les français vont s’exprimer, et ils ont la possibilité, pour de bon, de répondre aux socialistes que le changement c’est en effet maintenant, tout en envoyant à la gauche une bonne droite. Mais pour cela, encore faut il qu’ils choisissent vraiment la bonne droite, qui ne s’appelle ni le « Front National » ni le « Rassemblement Bleu Marine ».
S’il reste encore des électeurs prêts à gâcher leur seule chance de faire gagner la droite aux législatives en votant Front National, autant qu’ils le sachent tout de suite : ils ont de belles perspectives de bonheur derrière eux.
Mais laissons le mot de la fin à Léon Werth, à qui Saint-Exupéry dédia Le Petit Prince : « La nation est une idée difficile. Comme toutes les idées difficiles, elle est surtout utilisée par ceux qui n’ont pas d’idées. »
http://www.oppositionrepublicaine.com/la-nation-est-une-idee-difficile/
Les Charlots font l’Amérique
On peut dire que le changement, c’est vraiment maintenant : depuis le 6 mai, les français ne s’inquiètent plus de ce qui pourrait leur arriver demain… ils ont peur de ce qui va leur tomber dessus aujourd’hui !
En effet, si les gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête, les français, eux, s’inquiètent de savoir quel est le prochain pays dans lequel leur Président ira démontrer qu’ils ont élu un parfait débutant.
« L’Amérique, L’Amérique, je veux l’avoir, et je l’aurai ». De fait, les français l’ont tous eu… Et disons le, on n’a pas de quoi être fiers.
Les premières images de Barack Obama et François Hollande côté à côté évoquaient vaguement deux inconnus sur le point de partager une tarte aux concombres à l’occasion de la « fête des voisins ».
On ignore si François Hollande est parvenu à convaincre Barack Obama qu’il était bel et bien le nouveau Président de la République, mais on suppose que si sa première phrase a été : « Pleased to meet you, Mister Obama », ce dernier a du lui répondre spontanément : « Who are you ? Where is the President ? ».
Une chose est sûre : à chaque fois qu’une cravate donne à François Hollande l’occasion de se rendre ridicule, il court en mettre une ! Quel dommage qu’il ne demande pas de conseils vestimentaires à son équipe gouvernementale… A Cécile Duflot, par exemple ?
En tout cas, il semble que les autres chefs d’état n’aient pas eu besoin de cravates, eux, pour comprendre que si, sous François Mitterand, la France était devenue une machine à importer les pauvres, sous François Hollande, elle allait devenir une machine à exporter les riches.
« Anyway », savez-vous quel a été le mot le plus prononcé au cours de ce G8 ? Le mot « croissance ». Et pour une fois, voilà qui tombe plutôt bien pour les français : notre Président ayant justement décrété la croissance avant de partir, nous avons pris un peu d’avance.
Pourtant, allez savoir pourquoi, ce dont tout le monde parle en ce moment, ce n’est pas de cette croissance, promise plus belle demain que celle qu’on nous promettait déjà plus belle hier, mais du retard remarqué de François Hollande à la séance de travail de l’OTAN. En effet, notre président est arrivé bon dernier, ce qui lui a donné l’occasion de manquer successivement le discours du Secrétaire Général de l’OTAN, Anders Rasmussen, et celui de Barack Obama.
Quant au motif de son retard, toutes les spéculations sont permises. On murmure que, pendant que Barack Obama entamait son discours devant l’assemblée, François Hollande cherchait à joindre Michael Vendetta pour le convaincre de revenir en France, après quoi il aurait encore perdu dix minutes à se renseigner pour savoir s’il pourrait visiter cette fameuse « petite maison bleue, adossée à la colline » avant son retour.
On ignore si les autres dirigeants lui ont fait des reproches, mais aux yeux du peuple français, habitué aux performances de la SNCF, ce retard de 15 minutes passe pour le simple entraînement d’un président qui a dit qu’il « prendrait le train ».
Hélas, contrairement aux pires, les meilleures choses ont une fin. C’est pourquoi ce soir, avant de reprendre l’avion, la première Compagne de France, Valérie Trierweiler, a remercié Michelle Obama pour la chaleur de son accueil. Peut-être avait elle craint, un moment, que le couple Obama ne les jettent dehors comme de vulgaires Julien Dray ?
Dommage, d’autant que Julien Dray, qui aurait fait un parfait Ministre de la Ponctualité Fructueuse, aurait permis à notre Président d’arriver à l’heure.
Les Tuches à l’Elysée
La France est vraiment le pays du Cinéma ! N’avons-nous pas donné naissance au 7ème art, aux frères lumières, à François Truffaut, et à des comédiens de stature internationale, tels que Gérard Depardieu, Alain Delon, ou Jacques Chirac ?
Nos journalistes sont intouchables, nos dirigeants n’ont rien à déclarer, et en l’honneur du Festival de Cannes, nous avons pu suivre avec joie la rediffusion de « La Chèvre » à l’Elysée, et du « Dîner de Cons » à Matignon. Pendant que les dirigeants des grandes puissances font tomber la cravate à Camp David, notre Président aurait même achevé sa Tour Eiffel en allumettes !
Et au pays du cinéma, on nous le dit, on nous l’assure, on nous le répète : notre gouvernement est déjà au travail, déterminé, studieux : il est « en marche », affirme Martine Aubry. Oui, mais… en marche arrière ? On peut le craindre, car tandis que le Festival de Cannes est à l’honneur, 34 comédiens, majoritairement débutants, débarquent à Matignon pour organiser leur propre Festival de cannes : blanches, celles là.
Reconnaissons au cinéma français la qualité de donner leur chance aux débutants, c’est pourquoi on trouve de tout dans notre nouveau gouvernement : d’anciens ministres, des gens très expérimentés, des gens peu expérimentés, des gens pas du tout expérimentés… et Benoit Hamon.
Les américains font un carton avec les « Avengers » ? Le cinéma français compense : c’est nous qui avons les plus grands super zéros !
On a beaucoup parlé de l’absence de Martine Aubry, que la plupart des électeurs socialistes attendaient à Matignon ? Mais non : trop d’expérience, Martine, trop compétente… pas possible, désolé. C’était Matignon ou rien du tout ? Ce sera « rien du tout ». A première vue, le président normal serait aussi susceptible que la Martine Aubry normale.
Heureusement, Jean-Marc Zorro est arrivé, pour faire contrepoids à l’absence totale d’expérience gouvernementale du Président de la République par sa propre absence totale d’expérience gouvernementale.
Un scénario cousu de fil blanc, mais qui ne manque pas d’effets de surprise : tout le monde attendait Delphine Batho au Logement, domaine dans lequel elle a fait preuve d’un talent évident… Perdu. Mais pas pour tout le monde : Cécile Duflot, qui a annoncé faire une priorité de « L’encadrement des Loyers », saura où prendre conseil.
Ainsi s’achève la première semaine de stage des nouveaux dirigeants de la 5ème puissance mondiale. La bande annonce était divertissante, mais si la période d’essai ne donne pas rapidement des résultats probants, on imagine que ce gouvernement risque de ne pas voir renouveler son CDD de un mois, auquel cas, on projettera un autre film : Cohabitation 4, le Retour.
Bref, une chose est sûre : ce nouveau gouvernement donnera sans doute pas mal de matière première aux journalistes… Et, aussi, à Edwy Plenel.
Souhaitons simplement que d’ici aux législatives, les électeurs de François Hollande, et au-delà, l’ensemble des français, ne seront pas cordialement conviés, à leur frais, à la rediffusion de « La Grande Illusion ».
Et en attendant, demandez le programme !
Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde
S’il est un auteur dont on a beaucoup parlé au cours de la campagne présidentielle qui vient de s’achever par la victoire de François Hollande, c’est bien de Camus. Pas le « Stéphane Camus », que cita à tort Nicolas Sarkozy au cours de son meeting d’Avignon, mais Albert, l’auteur de « La Peste », de « L’Etranger », et aussi, de cette phrase pleine de bon sens : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde».
C’est ainsi : le nom que nous donnons aux choses change la perception que nous en avons. On ne parle plus de vieux, mais de séniors, il n’y a plus d’insultes, mais des incivilités. Quant à la présence du mot race dans notre constitution, ses jours, on le sait, sont désormais comptés.
Mais alors que se tenait hier le premier Conseil des Ministres du nouveau gouvernement, les réseaux sociaux s’enflammaient, s’interrogeant tout autant sur le choix des nominations que sur celui des dénominations attribuées à certaines fonctions.
Ainsi, on se demande comment on a pu vivre jusque là sans un Ministère du Redressement Progressif. On s’étonne qu’aucun Premier Ministre n’ait pensé plus tôt à l’urgence d’un Ministère de l’Egalité des Territoires. On se surprend à penser qu’il était temps de créer un Ministère de la Réussite Educative. Quant au Ministère de l’Education Populaire, son nom renvoie les plus vieux, enfin, les plus séniors, aux heures lointaines de ce que nous nommions pudiquement l’Europe de l’Est, et que nous appelons aujourd’hui l’Europe.
En réalité, on le sait bien, quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Et si les titres prêtent à sourire, ils ne doivent pas nous détourner de l’essentiel : la principale faiblesse de ce gouvernement réside d’abord dans le manque d’expérience gouvernementale de la majorité de ses membres.
Il est encore trop tôt pour savoir si cette inexpérience sera compensée par les efforts et la bonne volonté de l’équipe gouvernementale – ce dont nous sommes nombreux à douter. Mais regardons les choses en face : il faudrait pas mal d’expérience à Jean-Marc Ayrault pour diriger sérieusement ses ministres, faute de quoi son action risque bien d’avoir l’efficacité qu’un couteau sans manche auquel il manque la lame. Or, de l’expérience gouvernementale… il n’en a pas non plus.
Les attentes des Français sont énormes, les échos du monde, en particulier ceux de la Grèce, n’ont jamais été plus inquiétants, il est donc essentiel pour ce gouvernement de prendre des mesures fortes et immédiates, afin d’éviter que ne retombe l’ivresse du changement, afin d’éviter que les Français n’aient le temps de réaliser qu’au fond, rien ne change vraiment maintenant. En réalité, à quelques semaines des législatives, ce gouvernement ne joue ici rien moins que sa propre survie.
Quant à nous, n’ajoutons pas au malheur du monde, et en attendant le 10 juin, réjouissons-nous d’avoir échappé à un Ministère de la Croissance Fructueuse, de la Dette Perpétuelle, ou de la Redistribution Bienveillante de l’argent des autres.
Camus, Albert bien sûr, avait raison. Mais souhaitons tous qu’il ne pensait pas à ce gouvernement quand il écrivait : « Lorsque nous serons tous coupables, ce sera la démocratie véritable. ».